La population aborigène des Canaries a été l'objet, depuis des dizaines d'années, d'importantes investigations archéologiques, anthropologiques, linguistiques et génétiques. Les dernières analyses de l'ADN mitochondrial de restes aborigènes et de la population actuelle des Canaries (Rosa Fregel, ULL,mars 2019) montrent clairement une origine d'Afrique du Nord, en confirmant la présence d'un haplogroupe commun avec les populations berbères.

Ainsi, les Îles Canaries étaient-elles habitées bien avant la conquête européenne par différentes populations berbères (amazight au singulier, imazighen au pluriel, langue tamazight) communément connues sous le nom de Guanches (ⵉⴳⵡⴰⵏⵛⵉⵢ-Igwanciyen). Bien qu'il fasse exclusivement référence aux habitants de Tenerife, ce nom a été appliqué à toutes les populations de l'archipel. (Tenerife wa-n-chinet=guanches, Gran Canaria les canarios, Fuerteventura les majos, El Hierro les bimbaches, La Gomera les gomeros, La Palma les auaritas ou benahoaritas, ou awaras).

Les experts estiment que la culture des Guanches s'est développée dans l'archipel à partir du VIème siècle av. J.C. jusqu'au XVème siècle de notre ère, époque de l'arrivée des européens. La grande majorité des informations concernant la Culture des aborigènes canariens a été transmise par ces européens. Toutefois, les recherches archéologiques effectuées (toujours actuellement) dans les sites, très nombreux dans les îles, permettent d'approcher, à partir des éléments retrouvés, certains aspects de la Culture de ces populations.

En voici quelques caractéristiques :

A l'arrivée des Espagnols, Tenerife était divisée en neuf territoires, neuf royaumes (Tacoronte, Güimar, Taoro, Abona, Adeje, Daute, Icod, Tegueste. Anaga), dirigés par les neuf fils de Tinerfe, le roi qui avait unifié l'île (voir photo 2).

La société guanche était tribale,  patriarcale et basée sur la transmission héréditaire du statut social. A sa tête se trouvait le Roi (le Mencey à Tenerife) qui, avec sa famille et son entourage proche formait la noblesse, à laquelle s'ajoutait la caste sacerdotale. Les mariages cosanguins étaient la norme afin de conserver le pouvoir. La mère transmettait la noblesse et le père les biens.

Venaient ensuite les guerriers, qui avaient un statut social élevé et participaient au Conseil des nobles, le Tagoror, assemblée présidée par le Mencey et chargée de prendre des décisions concernant le gouvernement et le peuple.

Cette noblesse distribuait les ressources économiques au reste de la population. Les gens de la plèbe étaient agriculteurs, artisans ou éleveurs. Dans cette société patriarcale, la femme avait un rôle très important, bénéficiait d'une haute considération et possédait parfois la puissance royale (Gran Canaria).

Les Guanches vivaient le plus souvent dans des grottes situées dans des barrancos (ravins). Elles leur ont servit de refuge pendant les guerres de conquête. Selon les chroniqueurs européens du XVème siècle, ils étaient grands, même athlétiques et auraient eu les yeux bleus. Leur grande agilité leur servait pour sortir des barrancos et pratiquer des sports, notamment la lutte canarienne.

Le gofio (farine multicéréales) était leur alimentation principale, ainsi que le lait de chèvre et tous les produits de leur chasse. Ils étaient vêtus de peau de chèvres ou de moutons. Leur art était très riche : gravures et peintures rupestres, idoles, stèles de pierres et céramiques.
Ils fabriquaient des récipients en argile cuite (barro) selon une méthode qui existe toujours en Afrique du Nord. Ces céramiques pouvaient être décorées et leurs servaient d'ustensiles domestiques ou d'objets de décoration. On a retrouvé de nombreuses peintures rupestres dans des grottes, notamment à Gran Canaria, Lanzarote et Fuerteventura montrant des symboles supposés être en lien avec la vision du monde et de l'univers de ce peuple. De même il existe d'innombrables gravures rupestres, le plus souvent à l'air libre, sur des ensembles de rochers (conjuntos) situés à proximité ou dans des barrancos et sur le sommet de certains édifices volcaniques sacrés. Ces gravures présentent des formes géométriques, figuratives, ou encore des signes alphabétiques. Bien que leurs significations ne soient pas encore bien connues, certaines d'entre pourraient concerner des rituels de croyances magico-religieuses.

Si les Guanches ignoraient l'usage des métaux et, à priori, celui de la navigation, ils connaissaient l'écriture (libico-berbere), l'astronomie, disposaient d'une législation très élaborée. Leurs rituels funéraires étaient très élaborés et ils pratiquaient, comme les Egyptiens, la momification de leurs morts pour lesquels ils avaient un très grand respect. On a retrouvé près de mille momies (xaxos) dans une niche funéraire du barranco de Herquès à Tenerife.

Les croyances magico-religieuses des Guanches étaient basées sur les éléments naturels, notamment le sommet des montagnes et sur l'Univers (soleil, lune, étoiles...). Leur panthéon comprenait, en particulier : Achamán, le céleste, créateur et pourvoyeur du monde, le soleil (Magec), le démon (Guayota, enfermé dans le Teide, selon la légende) et la déesse-mère (Chaxiraxi), christianisée sous le nom de Vierge de la Candelaria. Le Guadamene était le plus haut rang de la hiérarchie sacerdotale. Ce "chaman guanche" désignait les Faykanes, responsables spirituels et religieux qui dirigeaient le culte dans le territoire qui leur avait été assigné.

 

Enfin, les Guanches étaient de redoutables guerriers comme ils l'ont montré pendant les guerres de la colonisation au XVème siècle.